DU 13 JUIN AU 15 AOÛT
L'ÉTÉ A LA GALERIE BEAUSOLEIL :

trois contemporains
Les gravures de Jean-Pierre Pincemin sont des griffures qui se lisent à la hâte, des runes antiques transcrites à la diable, de peur de perdre une miette du message fugitif des signes. Une écriture sans alphabet, une intelligence de mots sans nom, à décoder par intuition. Le tout sur papier velouté blanc cassé, gaufré. Rare et beau. Un grand nom de la gravure contemporaine, Pincemin.
Christine Sastourné peint comme elle respire : à grand bol d'air. Et jongle la vie, et pèse la pesanteur. Liberté d'abord. Des colonnes, des cariatides, des couleurs, émerge un souffle violent. Une peinture qui raconte fortement.
Martine Chantereau travaille avec des bribes, inventées de toutes pièces. En dessins ou en installations, des pierres levées jalonnent des lieux énigmatiques. Des arpenteurs dormeurs, enfoncés dans le temps, habitent des espaces balisés de bleu.

Galerie d'Art Contemporain Beausoleil

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Exposition à la galerie Beau Soleil.
L'art Mâcontemporain existe

L'art contemporain est en train de pousser ses audaces jusque dans les murs de Mâcon. On connaît les expositions présentées à l'école des beaux arts; on sait que le musée des Ursulines oriente sa politique d'acquisition vers les oeuvres du XXe siècle. Il existe aussi des lieux privés pour garnir leurs cimaises de travaux d'artistes résolument modernes. C'est le cas de la galerie Beau Soleil à Sancé qui présentait vendredi dernier sa seconde exposition.

Martine Chantereau, Christine Sastourné et Jean-Pierre Pincemin y exposent leurs travaux. Dans des styles extrêmement différents, même si les préoccupations parfois se recoupent, Martine Chantereau qui fait aussi de la critique d'art, crée des sortes de plateaux, de scènes, habités de petits objets aux formes symboliques. Disposé sans préconception, ce bref matériel qui tient du jouet s'agence progressivement jusqu'à trouver sa composition idéale. Idéale mais pas définitive, puisque rien n'est fixé, Martine Chantereau se réserve la possibilité de modifier ses installations. De terre, de marbre, de pierre, de bois, elle crée de minuscules théâtres de l'essentiel, traversés de questions métaphysiques qui la guident tout naturellement vers les grandes civilisations passées gréco-latines ou celtique. Ce thème la rapproche de Christine Sastourné qui présente de vastes toiles peuplées de mythologie. Mais ici, le sujet est surtout un prétexte, un prétexte pour faire chanter la peinture clans une orchestration éclatante de lumières. Le dessin, vif, donne ses contours à une conjugaison criarde de jaunes, oranges, rouges, verts, injectant une vie nouvelle aux caryatides et autres figures attendues de l’art classique A ces oeuvres, celles de Jean-Pierre Pincemin, viennent s'opposer dans un contraste évident par leurs dimensions réduites et leur usage exclusif du noir et du blanc. Ses gravures d'une technique très particulière ressemblent dans leur court espace, une collection de signes curieux : traits qui semblent s'animer, se tordre, mus par le désir de parvenir à dégager un sens. Partis de l'abstrait, ils suivent le parcours qui mène à la signification, ils restent à mi-chemin dans leur conversion vers la lettre ou le dessin. Grillages froids émergeant des limbes de mystère où le sens se cherche. Les trois voies présentées ici sont extrêmement intéressantes. De plus, elles trouvent parfaitement leur place dans la belle architecture intérieure de la galerie.

A ne pas manquer.

Claude MELLUL
Le Progrès – 15 juin 1986.